

Qu’est-ce qui a motivé cette décision de rendre la semaine de quatre jours permanente chez ECOH?
ECOH a toujours eu une approche progressive, en mettant l’accent sur le bien-être de nos employés et la croissance de l’entreprise. L’idée initiale est née pendant la pandémie, une période de défis majeurs. Lorsque le monde s’est arrêté, nos projets ont chuté de façon drastique et nous avons dû décider s’il fallait licencier du personnel ou fermer temporairement.
Au lieu de cela, nous avons choisi de répartir la charge en réduisant la semaine de travail et la rémunération de tous de 20 %, tandis que les dirigeants prenaient une réduction de 40 %. Cette approche nous a permis de surmonter le choc initial de la pandémie sans aucun licenciement, en restant fidèles à la philosophie d’ECOH fondée sur l’esprit d’équipe et la responsabilité collective.
Nous avons maintenu cette réduction du temps de travail et des salaires pendant trois ou quatre mois, tout en poursuivant nos activités en tant que service essentiel. Une fois la situation stabilisée, nous avons restauré les salaires à leur niveau initial et conservé tous nos employés.
L’expérience de cette période difficile nous a démontré que la semaine de quatre jours était une extension naturelle de nos valeurs. C’est une approche qui permet d’optimiser l’équilibre travail-vie personnelle, de faire d’ECOH un employeur de choix, et de nous positionner à l’avant-garde de notre industrie.
Le concept de « répartir la charge » a-t-il été bien accueilli par l’entreprise?
Oui, il a été bien accueilli. Les employés ont apprécié cet effort collectif pour éviter les pertes d’emploi. Cependant, à mesure que le marché rouvrant, nous avons commencé à perdre certains employés au profit de concurrents qui avaient licencié du personnel pendant la pandémie et qui, ayant besoin de recruter rapidement, offraient maintenant des salaires plus élevés.
Face à cette situation inattendue, nous avons cherché de nouvelles stratégies de rétention.
Nous avons exploré plusieurs options, y compris la semaine de quatre jours, mais nous n’étions pas encore prêts. Nous avons essayé d’autres mesures, mais aucune n’était véritablement innovante. Un an plus tard, après avoir constaté le succès d’autres entreprises canadiennes ayant testé cette approche, nous avons revisité l’idée.
Nous avons contacté 4-Day Week Global™ et décidé de rejoindre leur réseau d’entreprises qui testent ce modèle partout dans le monde. Même à ce moment-là, nous n’avons trouvé aucune entreprise dans le secteur du conseil en environnement qui avait adopté cette pratique. À ma connaissance, ECOH est la première à le faire, ce qui est à la fois excitant et un peu stressant!
Quels ont été les plus grands défis ou surprises pendant l’essai?
Une grande surprise a été la résistance initiale et l’inquiétude face au changement. J’ai appris à mes dépens que les gens n’aiment pas le changement.
Dans un secteur conservateur, composé d’ingénieurs et de scientifiques qui privilégient les approches éprouvées, l’introduction de nouvelles méthodes peut générer de l’anxiété. Mais, selon moi, embrasser le changement avec un plan réfléchi est essentiel pour assurer la survie d’une entreprise.
A-t-il été difficile de convaincre tout le monde au départ?
Oui, au début. Certains, à l’interne comme à l’externe, craignaient des conséquences catastrophiques.
J’ai demandé à l’équipe de direction d’identifier les obstacles qu’ils anticipaient et de proposer des solutions. Beaucoup ont trouvé facile de lister les défis, mais plus difficile d’y apporter des réponses.
Toutefois, lorsqu’on leur a demandé s’ils avaient des objections à essayer la semaine de quatre jours pendant six mois, tout le monde a accepté. Après les six premiers mois, les résultats étaient globalement positifs, mais nous n’avions pas encore assez de données financières pour prendre une décision définitive. Nous avons donc prolongé l’essai de six mois supplémentaires.
Comment la semaine de quatre jours fonctionne-t-elle avec un service disponible 24/7?
La semaine de quatre jours ne signifie pas simplement que tout le monde prend congé le vendredi.
J’aime dire que « 32, c’est le nouveau 40 ». Chez ECOH, ce modèle repose sur l’optimisation du travail, où nous obtenons 40 heures de productivité en 32 heures.
Nous assurons la disponibilité 24/7 pour nos clients grâce à un horaire tournant. Certains employés travaillent quatre jours, d’autres répartissent leurs 32 heures sur cinq jours.
En cas d’urgence ou de besoin client, nous sommes toujours joignables. Et si un employé doit travailler au-delà de 32 heures, il est rémunéré en heures supplémentaires.
Comment les clients ont-ils réagi?
Il y a eu très peu de réactions négatives. Au début, certains clients se demandaient s’ils pouvaient nous contacter le vendredi, alors nous avons rapidement communiqué que rien ne changerait pour eux. Nous avons maintenu nos services et notre réactivité grâce aux horaires tournants.
Avec le temps, certains clients ont même félicité notre initiative et souhaité que leur propre employeur suive cette voie!
Quels ont été les résultats des sondages internes?
J’ai été agréablement surpris de voir combien d’employés ont embrassé l’objectif 100-80-100 :
- 100 % du salaire
- 80 % du temps de travail
- 100 % de productivité
Au départ, cette idée générait de l’anxiété, mais les employés ont rapidement compris qu’il s’agissait moins d’accélérer le travail individuel que de repenser nos méthodes collectivement.
Les employés ont proposé :
- Des solutions pour éliminer les tâches inutiles
- Des idées pour améliorer l’efficacité
- L’expérimentation de nouvelles technologies
Nous avons aussi investi dans l’automatisation pour améliorer notre productivité sans surcharger le personnel.
Les sondages ont révélé des améliorations significatives en :
- Satisfaction au travail
- Équilibre travail-vie personnelle
- Bien-être général
Et des réductions importantes en :
- Heures travaillées par semaine
- Épuisement professionnel
- Problèmes de sommeil et fatigue
Quel impact financier?
Aucune baisse de revenu! Cela témoigne de l’engagement de toute l’équipe ECOH, des techniciens sur le terrain aux gestionnaires. Nous continuons d’optimiser ce modèle et d’apprendre de cette expérience.
Quel message adresseriez-vous aux autres entreprises?
À mes concurrents? « Ne le faites pas! »
Je plaisante, mais tant qu’ils ne s’adaptent pas, ECOH conserve un avantage compétitif.
Sérieusement, les preuves sont là : satisfaction des employés en hausse, clients toujours satisfaits, et aucun impact financier négatif. Cette approche favorise la productivité, l’innovation et l’équilibre travail-vie.
Quel avenir pour ECOH et le secteur du conseil en environnement?
Ceux qui n’aiment pas le changement risquent de vivre une période inconfortable.
Entre le travail hybride, l’intelligence artificielle et les nouvelles technologies, le secteur va évoluer rapidement.
Chez ECOH, nous sommes prêts à embrasser ces changements et à continuer d’innover pour offrir le meilleur environnement de travail possible.